C'est quoi, la puissance d'agir ?
C'est se poser la question de comment faire pour se rendre capable, collectivement, de changer le(s) monde(s) ?
Hello, c’est Antoine, de Puissance d’Agir !
Aujourd’hui, on va parler… de puissance d’agir !
On m’a appris au lycée que c’était bien de commencer par définir les termes. Et c’est au lycée, justement, que j’ai découvert ce concept, en regardant l’abécédaire de Deleuze. Si vous ne connaissez pas, je ne peux que recommander (malheureusement, je viens de réaliser que ce n’est plus dispo sur YouTube…) : 8h de vidéos pour une interview au (très) long cours d’un des grands philosophes du XXe siècle. Deleuze dans son fauteuil, en pull violet à grosse maille, les ongles infiniment longs, la voix caverneuse, la santé fragile, Claire Parnet qui clope au premier plan, un plan fixe, les changements de bobine... franchement c’est difficile de ne pas tomber sous le charme de ce format délicieusement daté !
L’abécédaire a été pour moi une expérience formatrice. Non pas de celles qui sont des révélations, mais plutôt une forme de compagnonnage au long cours. Cet ovni philosophique est une introduction géniale à une pensée différente, provocante, toujours joyeuse voire amusante, souvent dérangeante. Je crois que je l’ai regardé par morceau tous les 3 ou 4 ans et qu’au bout d’un moment, certaines des idées ont fini par imprimer profondément en moi.
On suit donc le philosophe sur 26 concepts : A comme animal, B comme boisson… Puis vient J comme joie. Où Deleuze présente sa vision de ce qu’est la Joie, qu’il tient de Spinoza. La joie, c’est lorsqu’on augmente… sa puissance d’agir ! Ce concept, la puissance d’agir, est devenue centrale dans ma vie professionnelle : c’est la raison d’être de mon cabinet, la boussole de mon travail de facilitateur… et le sujet de cette newsletter !
Définir la puissance d’agir en 2 min
Nous vivons une époque compliquée. Il y a de quoi être déboussolé politiquement et abattus moralement.
Plutôt que de chercher à trouver des solutions, je propose de s’intéresser à autre chose : notre puissance d’agir
La puissance d’agir, c’est la capacité, pour un individu ou un collectif, de se connecter au possible et d’exercer concrètement sa liberté
Augmenter sa puissance d’agir, c’est ressentir de la joie. Ressentir de la joie, c’est augmenter sa puissance d’agir
Pour créer un futur qui nous fait envie, on peut passer de la question du QUOI à celle du COMMENT : comment faire pour se rendre capable, collectivement, de changer le(s) monde(s) ?
Je tente de contribuer à ce projet, modestement, par mon métier de facilitateur, en posture basse et par cette newsletter, pour vous proposer des idées avec lesquelles se mélanger !
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Définir la puissance d’agir en 10 min
1/ Désorientation politique
J’ai toujours été intéressé par la politique. Après un certain nombre d’années à tenir des propos assez véhéments, j’ai réalisé qu’au fond, une de mes grandes convictions, c’est… le doute. Plus les années passent, moins je sais où il s’agit précisément d’aller. J’aurais tendance à être assez d’accord avec l’idée de décroissance, tout en étant aussi aligné avec des positions réalistes sur la nécessité d’une économie qui se développe. Je crois qu’il faut que L’État joue un plus grand rôle, mais j’entends aussi les penseurs libéraux qui disent qu’une administration n’est pas forcément synonyme de démocratie, ni d’agilité ou d’efficacité (et qu’elle peut aussi devenir un ennemi du peuple !).
Alors, avec les années, j’en suis venu à me dire qu’une seule chose est certaine, c’est qu’il faut qu’on développe, collectivement, notre puissance d’agir.
2/ Qu’est-ce que c’est, la puissance d’agir ?
La puissance d’agir, c’est lorsque la liberté cesse d’être un mot théorique pour devenir une possibilité pratique. C’est de la capacité à faire. Une croyance, qui devient une réalité, qui fait que le monde devient plus vaste, que nous sommes plus sensibles, plus actifs, plus entreprenants et donc plus capables.
Ma conviction, c’est donc qu’il faut qu’on soit tous, individuellement et collectivement, largement plus libres. L’époque, malgré les apparences, est aux contraintes, nombreuses, sur l’individu. Nos univers se rétrécissent. Notre imagination est happée par les réseaux sociaux. Nos peurs sont détournées par les autocrates. Nous vivons dans une soumission, plus ou moins dure, à un techno pouvoir, qui peut parfois être cocon (big mama de Damasio), on se fait livrer un Uber Eats devant Netflix, et parfois contamination, lorsque nous hurlons notre haine sur les fils algorithmiques censés nous “informer”. Nous avons intériorisé le contrôle à un point qui serait inimaginable pour nos ancêtres :
“on pourrait presque dire que, si les Wendats [des amérindiens] avaient de faux chefs, mais de vraies libertés, beaucoup d’entre nous doivent aujourd’hui se contenter de vrais chefs et de fausses libertés”
“Quitter les siens avec la certitude de trouver ailleurs un bon accueil, changer de structure sociale au gré des saisons, désobéir aux autorités sans que cela prête à conséquence : autant de libertés qui nous paraissent à peine concevables aujourd’hui, mais qui constituaient de simples données pour nos lointains ancêtres.”
Graeber et Wendrow, Au Commencement était...
Et pourtant, malgré tout cela, il existe des gens qui inventent, des collectifs qui se mobilisent, des alternatives qui se développent ! C’est cette liberté là qui me parait essentielle de convoquer aujourd’hui.
3/ Comment ça marche ?
Certes, la question de ce qu’on peut ne dépend pas que de nous ! Nos corps et nos esprits sont soumis à de nombreuses contraintes (politiques, sociales, physiologiques...) qui limitent le champ des possibles. Je ne peux pas changer le système politique actuel, je ne peux pas devenir milliardaire ou guérir du cancer par le pur effet de ma volonté. La puissance d’agir n’est pas une exhortation à convoquer la volonté, le sujet conquérant, ou l’entrepreneur en soi-même, pour ignorer le fait que le monde est fait de contraintes ! Des choses nous dépassent.
Non, augmenter sa puissance d’agir, c’est d’abord découvrir avec quoi se mélanger.
La puissance d’agir, c’est, selon Deleuze, quelque chose qui nous arrive dans notre lien avec le monde. Est-ce que ma rencontre avec telle personne, telle idée, dans telle situation, me rend plus ample, me permet de faire plus ? Notre puissance vient des interactions que nous pouvons avoir au sein d’agencements. Nous ne sommes pas des îles ! Lorsque je découvre tel personnage, en lisant dans mon lit, je suis touché et cela augmente ma puissance d’agir. Lorsque je rencontre quelqu’un de nouveau, qui travaille dans un univers passionnant, mon horizon s’élargit, et j’augmente ma puissance d’agir. Lorsque nous rencontrons, collectivement, quelque chose de l’ordre du possible, nous augmentons notre puissance d’agir.
Comment le reconnaître ? Spinoza, cité par Deleuze, nous dit quelque chose de simple : lorsque nous augmentons notre puissance d’agir, nous ressentons de la joie. Lorsque nous ressentons de la joie, c’est que nous augmentons notre puissance d’agir.
La joie n’est pas le plaisir. Regarder une vidéo rigolote ou manger une barre chocolatée peut nous faire plaisir. La joie est un passage, un mouvement, vers un accomplissement plus grand, une plus grande perfection de nous-même. C’est être moins triste, se sortir d’une situation compliquée, apprendre quelque chose, profiter d’un rayon de lumière…
On le sait, les émotions négatives ont des fonctions de survie dans notre évolution. Mais, d’un point de vue darwinien, le rôle des émotions positives n’est pas si clair. Une hypothèse est qu’elles ont à voir avec l’apprentissage, le développement de soi. Le flow, l’enfant qui joue, la personne blessée qui remarche, ce moment où la conversation vous entraîne et vous ne savez plus qui vous êtes, tout cela contribue à votre évolution.
4/ S’orienter politiquement
Deleuze nous dit que si la joie libère l’individu, le pouvoir est son opposé, il contraint, enferme et coupe ceux qu’il touche de ce qu’ils peuvent. Le pouvoir est triste et rend triste.
Et c’est cela qui est important pour moi, politiquement : se centrer sur la puissance d’agir, c’est considérer que le monde a besoin de plus d’individus et de collectifs capables de s’organiser, de se projeter, de faire face au réel et miser sur une contamination joyeuse de l’action.
Car aujourd’hui, je ne sais donc pas où il faut qu’on aille, mais je sais qu’on va avoir besoin de faire des choses nouvelles, différentes… puissantes, si on veut créer un futur qui nous fasse envie. Pour cela, il faudra nécessairement des individus et des collectifs capables de se connecter au champ des possibles, d’imaginer des mondes différents et d’agir, pour créer ce qui doit l’être.
La question passe donc du QUOI (que faire, quel futur créer, quel posture avoir sur tel sujet) au COMMENT. En l’occurrence, celle qui m’anime, c’est comment faire pour se rendre capable, collectivement, de changer le(s) monde(s) ?
5/ Que faire, pour se connecter à sa puissance d’agir ?
Cette question de la puissance d’agir, c’est la raison d’être d’EPIGO. Nous sommes arrivés à ce terme il y a quelques années, alors que nous cherchions à formuler le “pour quoi” de notre existence en tant que boîte. C’est cette idée de capacitation des individus et des collectifs qui nous a parlé.
Notre métier, concrètement, c’est de créer des espaces où les collectifs peuvent connecter avec cette capacité de penser et d’agir ensemble. Nous le faisons en posture basse. C’est essentiel, car je crois sincèrement qu’il existe un phénomène de vase communiquant entre la capacité d’un accompagnateur, d’une accompagnatrice et celle du groupe. Si un expert vous pose une question, vous n’allez pas chercher la réponse. Si quelqu’un vous guide, ça n’appelle pas à développer des capacités d’orientation.
Alors, nous accompagnons des personnes qui souhaitent créer leur entreprise, nous facilitons des séminaires en intelligence collective et nous formons celles et ceux que ces problématiques intéressent. Nous travaillons avec diverses organisations pour les aider à construire le futur qu’elles désirent.
Quelques exemples :
Nous avons accompagné le Conseil d’Administration de Biocoop à formuler sa vision pour l’enseigne dans le cadre du plan stratégique à horizon 2029
Nous avons accompagné une quarantaine de salariés de la Sécu à produire des podcast sur 48 heures autour de la thématique de la Sécu dont on rêve en 2045
Nous formons des chercheurs à devenir entrepreneurs et les accompagnons dans la construction de leur projet
Ça, c’est le jour. La nuit, je fais cette newsletter. Mon sujet, ce n’est pas de faire de la théorie, de la philo (j’en serais bien incapable), mais de travailler à un équipement intellectuel et moral, transmissible par mail, pour vous aider à vous connecter à votre puissance d’agir. Je vous proposerai de rencontrer des idées : des idées cartes pour se repérer, car je crois qu’il faut multiplier les perspectives et les outils d’analyse dans ce monde qui change trop vite ; des idées outils pour faire ensemble, car on construira l’avenir à plusieurs ; des idées virus pour muter, se changer, car on a besoin d’évoluer pour faire face au réel.
Finalement, je crois que la seule recommandation qu’on peut faire pour se connecter à sa puissance d’agir, en suivant Deleuze, c’est : se laisser toucher et expérimenter !


